Marseille, mai 2026. Antoine, enseignant de CM1-CM2, regarde ses élèves différemment. Non pas parce qu’il doutait d’eux, mais parce que depuis plusieurs semaines, il rêvait de leur proposer un atelier un peu inhabituel : un atelier philo. Il cherchait le meilleur moyen de les amener naturellement à penser par eux-mêmes, se sentir écoutés, se découvrir capables.
L’école d’Antoine fait partie des 8 écoles à Marseille qui expérimentent Lili, le programme de développement des compétences psychosociales et langagières Lili. Dans le cadre de cette expérimentation qui a pour objectif d’apaiser le climat scolaire et périscolaire Géraldine, professeure des écoles et animatrice en philosophie pour enfants, propose à Antoine une collaboration pédagogique pour l’accompagner à monter en compétence en philo pour enfants : trois rendez-vous, trois niveaux d’autonomie progressif, et surtout, une expérience qui profite dès le début aux enfants.
Voici ce qu’ils ont construit ensemble.
Séance 1 : observer
Géraldine se présente, explique l’activité et donne le cadre. Les règles sont simples. Lors d’un atelier philo, il n’y a pas une seule réponse possible. Il s’agit d’apprendre aux enfants à examiner la validité des différentes réponses proposées. Échanger des idées et des points de vue différents est important ; cela leur montre qu’on peut avoir plusieurs avis sur une question, ce qui nourrit l’esprit critique et la capacité d’argumenter. La règle la plus importante est que lorsque l’on dit quelque chose, on doit argumenter, apporter une explication. Les autres règles à respecter lors des échanges sont les mêmes que celles établies au sein de l’école ou dans la société : respect de la parole de l’autre, pas de moquerie ni de discrimination…

Antoine divise sa classe en deux groupes. Les premiers discuteront, les seconds observeront et synthétiseront lors de la clôture. Le thème de l’atelier est annoncé:
« Qu’est-ce qu’être intelligent ? »
Pendant que Géraldine anime en visio, Antoine observe. Et il se rend compte qu’il y a un décalage entre ce qu’il imaginait et ce qui se passe vraiment.
Les enfants hésitent parfois. Tous ne prennent pas la parole au sein du groupe des discutants. Géraldine le rassure : « C’est normal. C’est le premier atelier. L’argumentation, ce n’est pas simple, même en CM2. » Mais, aucun ne chahute.
C’est cette bienveillance face à l’imperfection qui change tout. Antoine comprend qu’il n’y a pas de script à mémoriser, pas de « bonne réponse » attendue. Il y a juste une posture à adopter : être un adulte qui pose des questions, qui écoute, qui rebondit. En effet, l’intérêt n’est pas de compiler les réponses apportées par les enfants mais bien de créer un contexte dynamique et sécurisant pour les encourager à enrichir leurs arguments. Pas simple de savoir se saisir des réponses, rebondir pour approfondir un argument tout en distribuant la parole, partage Antoine.
Pour le rassurer, Géraldine lui parle du document d’aide disponible sur l’application Lili : « 36 questions pour relancer la discussion ». Une liste de questions ouvertes qui permettent aux enfants d’enrichir leur pensée et de prendre vraiment la parole.
Séance 2 : accueillir la flexibilité
Les groupes sont inversés. Les enfants qui étaient observateurs deviennent les discutants.

Les enfants évoquent des choses fortes, directement en lien avec leur vécu :
- « Je pense qu’on reconnaît un adulte intelligent quand il est bien organisé, qu’il a un bon travail, qu’il a de l’argent. »
- « On est intelligent quand on réussit bien à l’école. »
- « Et quand on redouble ? Ça veut dire qu’on n’est pas intelligent ? »
- « Les intellos sont harcelés. Ils n’ont pas d’amis. »
- « Les intellos ont des lunettes, ils sont moins cools que les autres. »
- « Toutes les personnes qui ont des lunettes ne sont pas des intellos ? »

La richesse du dialogue se déploie. Puis, du côté du 2e groupe, une main se lève. Puis deux. Des enfants “observateurs” veulent participer aux échanges. Il serait contreproductif d’exclure les enfants qui ont des choses à dire. Géraldine et Antoine acceptent d’ouvrir le cercle des discutants à tous les enfants qui le souhaitent. Parmi eux, il y a Marius.
Marius est souvent en difficulté à l’école. Ici, dans ce cercle, ses propos sont pris au sérieux. Il devient un interlocuteur valable. Et ça se voit : ses camarades le laissent s’exprimer, lui soufflent le mot qu’il n’arrive pas à prononcer et l’écoutent sans se moquer.
La question pour Géraldine et Antoine devient alors : comment laisser la parole à ces enfants qui en ont besoin et envie sans qu’ils monopolisent tout l’espace ?
Pas d’intervention autoritaire, ni d’évitement. Non. Géraldine propose de les désigner comme modérateurs ou de leur donner une responsabilité particulière. Il est aussi possible de leur distribuer la parole régulièrement, en espaçant son tour au fur et à mesure pour retrouver un rythme acceptable pour le groupe. Il apprend ainsi qu’il a autant de droits que ses camarades et que ce droit, il peut l’exercer sans urgence, sans crainte d’être oublié.
Séance 3 : sans filet
Antoine rappelle les règles, le cadre et propose de commencer par un rappel des arguments évoqués lors des séances précédentes. Il anime seul et les élèves argumentent de mieux en mieux.
Ce qui s’est construit en trois séances, c’est un espace d’échanges en confiance où les enfants et l’enseignant ont pu changer de regard sur eux-mêmes et sur celles et ceux qui les entourent.
Quand la première approche ne fonctionne pas
Chez Sandra, en classe dédoublée de CE1, une autre histoire commence. L’atelier de philo pour enfants « Ne t’énerve pas comme ça ! » a lieu en fin de journée, au retour de la récréation.
Pour cette classe de CE1 qui accueille un élève accompagné de son AESH, Géraldine propose d’animer la « rivière du doute », l’une des deux modalités que propose les guides d’animation Lili pour mener un atelier philo : une approche dynamique et plus courte, qui favorise la participation active, en mouvement.
Dès la première affirmation, Sandra et Géraldine réalisent que les enfants ne sont pas prêts. Ils ont du mal à argumenter, à se positionner individuellement sans suivre copain ou copine. Il faut repenser l’activité dans un temps long pour que ça résonne et prenne sens. Aussitôt, Géraldine propose à Sandra de basculer sur l’autre modalité proposée dans les guides d’animation Lili, à savoir le « cercle des questions » : une approche plus structurée et approfondie qui encourage les questionnements collectifs.
Elles expliquent, elles ajustent, elles font preuve de flexibilité pédagogique. Et c’est OK pour les élèves.
Envie de vous lancer ?
Géraldine a un conseil. Commencez petit. Pas à pas.
Pour une première fois, prenez l’atelier qui vous parle le plus et qui est accessible à tous les enfants de votre classe, par exemple « C’est quoi un ami ? ». Utilisez le guide d’animation proposé par Lili. Choisissez la modalité « Cercle des questions » : elle est structurée, rassurante, efficace. Et n’hésitez pas à l’étirer sur plusieurs séances courtes.
Pour finir, rappelez-vous ceci :
- Il n’y a pas de mauvaise réponse, juste des réponses à enrichir. « Oui, et… Qu’est-ce qui te fait penser ça ? Quelqu’un voit-il les choses différemment ? »
- Votre écoute active est l’acte le plus important dans l’animation. Elle dit à chaque enfant : « Ce que tu dis compte. »
Accompagnement Lili : Si vous avez envie, comme Antoine, d’être co-animateurs avant de vous lancer seuls, c’est possible. Contactez-nous.
Ressources pratiques
- Module d’autoformation : Formation aux ateliers philo conçue et animée par Edwige Chirouter et Jean-Charles Pettier
- Outils pratiques : Guide d’animation, podcasts, carnets philo, « 36 questions pour relancer la discussion »
- Modalités à découvrir : Le cercle des questions ou La rivière du doute








