Les filles réussissent moins bien en maths. Pourtant, on le sait, les garçons n’ont pas davantage de prédispositions pour les sciences. Alors, comment explique-t-on ce phénomène ?
Les filles et les garçons sont égaux mais pas pareils. Nos différences sont-elles un frein pour une relation juste ?
Je veux travailler sur l’égalité filles – garçons. Persévérance, confiance, biais, esprit critique, par où je commence ?
Ces questions, vous êtes nombreux à vous les poser, que ce soit dans votre cadre pro, en famille ou à titre personnel. Pour vous aider à cheminer, on a décidé de creuser le sujet.
La bosse des maths chez les garçons : ce vieux mythe qui a la peau dure
Est-ce que le cerveau des garçons est naturellement plus « câblé » pour les équations ? Spoiler : non !
Malgré les résultats des évaluations à l’échelle nationale qui met en lumière des écarts en mathématiques, en faveur des garçons, la science est formelle : les capacités mathématiques ne sont pas du tout liées au genre.
Le piège de l’argument biologique
Dès la naissance, le matériel génétique diffère, c’est certain. Statistiquement, le cerveau masculin est souvent un peu plus volumineux.
Mais attention au raccourci : gros cerveau ne veut pas du tout dire gros QI ou meilleure capacité d’analyse ou de logique.
Le saviez-vous ? Un éléphant possède un cerveau de 4,7 kg contre 1,3 kg pour l’humain. Pourtant, c’est bien l’humain qui a inventé les mathématiques et l’écriture.
Et cette bosse des maths, alors, existe-t-elle ? Oui ! Mais ces zones du cerveau impliquées dans les calculs numériques existent de manière identique chez tous les individus, les filles comme les garçons. Ainsi la biologie n’explique par les écarts.
Le poids invisible de la stéréotypie de genre
Isabelle Régner et Pascal Huguet, chercheuse et chercheur de l’Université d’Aix-Marseille, ont mené une expérience intéressante qui révèle comment un simple mot peut saboter les performances :
Le scénario : On présente exactement le même exercice à deux groupes d’élèves, en modifiant les éléments de langage.
- Présentez une activité en disant : « C’est un test de maths » → Les garçons surperforment.
- Présentez la même activité sans mentionner les maths → Les différences de score disparaissent.
Le constat est clair. Comme le souligne Grégoire Borst, Professeur de psychologie et de neurosciences de l’enfant et de l’adolescent (Université Paris Cité) et Directeur du LaPsyDÉ (CNRS) : « Ce n’est pas un problème de compétences. C’est un problème d’expression et de mobilisation des compétences, dans un contexte d’évaluation sur lequel pèse une menace : celle du stéréotype chez les filles. »
Alors, comment y remédier ? Quelles activités concrètes peut-on mettre en place pour enrayer les stéréotypes ?
Les processus d’identification et les imaginaires sont genrés dès le plus jeune âge, même dans les contenus scolaires. Lutter efficacement est plus complexe qu’on ne le pense. Voici trois piliers pour agir :
1.Comprendre le monde
Lorsqu’un enfant tient des propos discriminants, il le fait parce qu’il les a entendus dans son entourage proche. Il les répète sans y avoir porté attention, sans y avoir vraiment réfléchi.
Il s’agit d’un sujet de société. Il faut comprendre le monde dans lequel on vit.
L’enfant peut être très attaché à ces représentations parce qu’elles viennent de personnes qu’il aime et en qui il a confiance, comme ses parents par exemple. Sait-il qu’il a le droit de ne pas être d’accord ?
Le caractère collectif, le questionnement, l’esprit critique sont des leviers essentiels pour lutter contre les stéréotypes. Pour travailler ces notions, les ateliers de philo pour enfants proposés par Edwige Chirouter et Jean-Charles Pettier, experts en philosophie pour enfants, sont de très bons outils. « On est tous pareils » et « Fille, garçon : c’est différent ? » proposent aux enfants de s’interroger à la fois sur les préjugés et sur leur propre réalité.
Edwige Chirouter rappelle qu’en pratiquant ces ateliers régulièrement, les enfants apprennent à vivre ensemble dans une société où tout le monde a sa place, même avec des opinions différentes. Ça les aide aussi à éviter de croire aveuglément à une seule vérité ou à rejeter ceux qui ne pensent pas comme eux.
2.Se connaitre soi
La connaissance de soi est un pilier essentiel pour se construire en accord avec ses forces, ses besoins et ses envies. Apprendre à se connaître s’avère donc indispensable pour faire ses propres choix. Cependant, il existe des préalables à la connaissance de soi et notamment comprendre, connaître, identifier et exprimer ses émotions.
Apprivoiser mes émotions et Croire en soi proposent des activités individuelles et des activités de groupe pour développer ces compétences. Elles participent à la nécessité de se débarrasser de son autocensure : Je suis une fille et je n’ai pas l’obligation d’être douce ou calme. Je suis une fille et je n’ai pas l’obligation de préférer le français à la physique-chimie.
3.Rééquilibrer les imaginaires
On parle souvent d’amener les filles vers les filières scientifiques lorsque le sujet concerne l’orientation par exemple. Et l’inverse est vrai aussi. L’objectif est d’équilibrer. Il faut aussi faciliter l’accès des garçons vers les filières féminisées. Cet équilibre doit être profitable aux filles comme aux garçons.
Qui sont vos figures inspirantes ?
Plus on imagine des personnes qui nous ressemblent faire des activités inspirantes, plus on va se dire qu’on peut le faire aussi. Lili propose une collection d’histoires audio et d’activités autour de rôles modèles en faveur de la diversité, de l’inclusion et de la parité (d’Helen Keller à Greta Thunberg, de Nelson Mandela à Thomas Pesquet). Ces ressources valorisent les différences de genre, culturelles, ethniques, etc. contribuant ainsi à un environnement inclusif.

Passer à l’action en équipe : Et si on mettait en place une pédagogie égalitaire ?
Lili déploie 6 parcours adaptés à l’échelle d’un établissement et de toute sa communauté éducative : équipe enseignante, équipe d’animation, parents, enfants. Parmi eux, deux programmes phares permettent d’agir concrètement contre les discriminations en explorant les enjeux de l’égalité filles-garçons et de l’inclusion.
- Égalité filles-garçons : déconstruire les stéréotypes dès le plus jeune âge, en s’appuyant sur le développement de connaissance de soi, de la persévérance et le questionnement des inégalités.
- Inclusion et citoyenneté : accueillir la différence (handicap, TND), même lorsqu’elle est invisible, et encourager les prises de conscience en questionnant la place de l’individu comme du collectif dans notre société.
Les stéréotypes se sont endurcis depuis des centaines de siècles. On ne peut pas les sous-estimer et lutter contre ces déterminismes en 1 heure ou une journée de sensibilisation. Ces parcours Égalité filles-garçons et Inclusion et citoyenneté offrent aux équipes éducatives un programme robuste, réaliste et directement opérationnel pour mettre en place une pédagogie égalitaire, en équipe, sur un temps long.
En offrant aux enfants les clés pour comprendre le monde, se connaitre sans s’autocensurer et s’inspirer de modèles variés, nous leur permettons de dessiner leur propre chemin, loin des rails tracés par les mythes ou les préjugés. Le changement ne se fera pas en un jour, mais il commence par des outils concrets et une vision partagée au sein de la communauté éducative. Sur le long terme, nous ne faisons pas que « sensibiliser » : nous bâtissons une société où chaque enfant, fille ou garçon, peut enfin dire : « Je peux devenir qui je veux. »








